Le monde de la culture est en deuil. Le célèbre musicien, arrangeur et producteur Boncana Maïga est décédé ce matin à 5 heures dans une clinique de Bamako, ont annoncé des sources proches de sa famille. Figure majeure de la scène musicale africaine, cet octogénaire au talent protéiforme laisse derrière lui un héritage artistique considérable. Claviériste virtuose, il a d’abord fait ses armes au sein du légendaire Super Rail Band de Bamako, participant activement au rayonnement international de la musique mandingue. C’est en Côte d’Ivoire qu’il franchit une nouvelle étape en fondant l’African All Stars. Compositeur exigeant et arrangeur novateur, il devient rapidement une référence, collaborant avec les plus grandes figures du continent et imposant un style unique, à la croisée des traditions et des sonorités modernes. Proche du producteur sénégalais Ibrahim Sylla, il devient son arrangeur incontournable et participe à la renaissance des sonorités afro-cubaines en Afrique de l’Ouest.
Leur passion commune donnera naissance au groupe Africando, dont les albums Trovador (1993) et Sabador (1994) marient langues ouest-africaines et répertoires cubains, mexicains et portoricains. Boncana Maïga a également travaillé pour le cinéma, signant la bande originale du film « Bal Poussière », du réalisateur ivoirien Henri Duparc, en 1988. Installé à Paris à partir de la fin des années 1980, il collabore avec de grands noms tels qu’Alpha Blondy, Aïcha Koné et Ray Lema. Il restera aussi dans les mémoires pour l’émission musicale « Star Parade », diffusée sur TV5, qui a contribué à valoriser les musiques africaines à l’international. Boncana Maïga était un passeur de cultures et un artisan du dialogue entre les rythmes mandingues et la salsa afro-cubaine.
Au-delà de l’interprète, c’est le producteur visionnaire que saluent aujourd’hui ses pairs. Véritable découvreur de talents, il a façonné les carrières de nombreux artistes et fait de son studio un creuset pour la jeune génération. Son œuvre, caractérisée par un savant alliage entre rythmes mandingues et influences contemporaines, a contribué à écrire une page essentielle de l’histoire musicale de l’Afrique de l’Ouest. Le Mali et l’Afrique perdent aujourd’hui un bâtisseur de ponts entre les cultures et les générations.
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