Avec « Plumes du paradis », le Musée du Quai Branly-Jacques Chirac signe une exposition ambitieuse qui dépasse la simple contemplation naturaliste. En mettant à l’honneur les oiseaux de paradis de Nouvelle-Guinée, le parcours retrace l’histoire complexe de leur découverte, de leur circulation et de leur représentation, depuis les premières expéditions européennes jusqu’aux préoccupations écologiques actuelles. Pensée comme une traversée des savoirs, l’exposition s’appuie sur une pluralité d’auteurs et de contributeurs. Elle convoque les récits des grands naturalistes comme Alfred Russel Wallace, pionnier de l’étude des espèces de Nouvelle-Guinée, dont les écrits ont largement contribué à forger le mythe de ces oiseaux « venus du paradis ». Les archives scientifiques dialoguent avec les regards d’artistes et d’illustrateurs européens du XIXe siècle, mais aussi avec les voix contemporaines issues des sociétés océaniennes. Les créations et témoignages d’artistes papous occupent une place essentielle dans le parcours, rappelant que ces plumes, bien avant d’être objets de curiosité occidentale, sont au cœur de pratiques culturelles, rituelles et identitaires. Parures, masques et ornements témoignent de savoir-faire ancestraux et d’une relation intime au vivant.
L’exposition met également en lumière l’influence des oiseaux de paradis dans les arts et la mode en Europe, notamment à la « Belle Époque », où leurs plumes deviennent synonymes de luxe et d’exotisme, alimentant un commerce parfois destructeur pour les espèces. À travers près de deux cents œuvres — spécimens naturalisés, objets ethnographiques, peintures, photographies et documents rares — « Plumes du paradis » tisse un récit riche et nuancé. Elle interroge la manière dont la science, l’art et l’imaginaire collectif ont contribué à construire une vision parfois fantasmée de ces oiseaux.
En filigrane, l’exposition porte un regard critique sur cette histoire, en abordant les enjeux actuels de préservation de la biodiversité et de reconnaissance des savoirs autochtones. Elle invite ainsi le visiteur à dépasser la fascination pour questionner les relations entre humains et monde vivant. Entre poésie visuelle et réflexion scientifique, « Plumes du paradis » s’impose comme une exploration sensible et documentée d’un patrimoine naturel et culturel aussi fragile qu’extraordinaire.
