Les groupes TF1 et M6, les deux premières chaînes commerciales françaises, ont renoncé à leur projet de fusion après avoir été auditionnés par le Conseil anti-trust français. « A la suite des débats avec l'Autorité et malgré les remèdes complémentaires proposés, il apparaît que seuls des remèdes structurels impliquant a minima la cession de la chaîne de télévision TF1 ou de la chaîne de télévision M6 seraient suffisants pour approuver le projet de fusion », a déclaré le entreprises dans un communiqué conjoint. En conséquence, « la fusion proposée n'a plus aucune justification stratégique », poursuit le communiqué. TF1, qui appartient à Bouygues, et le groupe M6, qui fait partie du groupe RTL, propriété de Bertelsmann, avaient dévoilé leur projet de fusion pour former une puissance médiatique européenne de 4 milliards de dollars en mai 2021. M6 et TF1 ont regretté que le conseil de la concurrence n'ait pas pris en compte « la rapidité et l'ampleur des mutations qui traversent le secteur audiovisuel français », ainsi que la « concurrence accrue des plateformes internationales ». Le conseil antitrust avait soulevé un certain nombre de problèmes de concurrence concernant la fusion en juillet, en particulier en ce qui concerne le marché de la publicité. Mais TF1 et M6, toutes deux cotées, avaient communiqué sur ces enjeux et semblaient confiants que leurs auditions respectives (les 5 et 6 septembre) déboucheraient sur une issue positive.
Le projet de fusion aurait vu Bouygues conserver une participation de 30 % dans le Groupe M6, et RTL Group conserver 16 % du capital. Bouygues aurait le contrôle exclusif de la société fusionnée. La nouvelle de l'abandon des projets de fusion soulagera sûrement certains acteurs du secteur, dont d'autres diffuseurs et producteurs, qui craignaient que TF1 et M6, qui ont des obligations distinctes d'investir dans le contenu français, n'aient regroupé leurs obligations et centralisé leur force de vente.
Pour justifier sa décision, l'Autorité de la concurrence a expliqué que cette fusion faisait peser « un fort risque de hausse des prix des espaces de publicité vendus par les parties au détriment des annonceurs et des consommateurs ». Puis d’ajouter qu’elle « prend acte de l’annonce faite ce jour par Bouygues de retirer son projet d’acquisition du contrôle exclusif du groupe Métropole Télévision. Cette décision met fin à la procédure engagée devant l’Autorité », a-t-elle tranché. Rappelons qu’elle avait mené deux jours d’auditions à huis clos des parties intéressées par la fusion au début de septembre et devait rendre sa décision à la mi-octobre. Les services d’instruction de l’Autorité avaient, lors des auditions, réitéré leur position de la fin de juillet, plutôt défavorable et sans « véritable changement », malgré les concessions proposées depuis par les chaînes. TF1 et M6, qui avaient annoncé en mai 2021 avoir engagé des pourparlers en vue d'une fusion, dans l'espoir de résister à la montée en puissance des plateformes de télévision en ligne, voient leur rêve s’envolé.
