Il y a des apparitions qui relèvent du miracle, ou de l'incantation. Celle de Mylène Farmer sur la scène du Palais des Festivals, le 13 mai prochain, en fera sans doute partie. L’artiste française, plus rare que jamais depuis la fin de sa tournée monumentale Nevermore, inaugurera la 78e édition du Festival de Cannes par une performance. Une annonce qui n’a finalement rien d’anodine quand on connaît les liens entre la chanteuse et le cinéma. Depuis la conclusion spectaculaire de sa dernière tournée, 14 dates dans des stades à guichets fermés, 600 000 spectateurs et une captation diffusée dans plus de 500 salles, l’interprète s'était fait discrète. Pas pour fuir mais pour se redéployer. Si elle revient sur la Croisette, ce n’est pas seulement pour chanter. Elle figure également dans la sélection officielle en prêtant sa voix à l’intelligence artificielle qui accompagne le personnage principal du thriller Dalloway de Yann Gozlan. L’histoire semble écrite pour elle : Clarissa, écrivaine solitaire et en mal d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse à la pointe de la technologie. Sa seule compagnie ? Dalloway, une IA qui anticipe ses moindres gestes. Très vite, le confort bascule dans la paranoïa. Pour Mylène Farmer, qui a toujours joué avec les frontières du visible, de l’humain et du spectral, ce rôle s’impose comme une évidence artistique. Dans une interview accordée à Paris Match, elle décrivait ce projet comme une variation sur la présence absente et la manipulation invisible.
Mais ce retour à Cannes ne se résume pas à une performance vocale ou scénique. Il évoque quelque chose de plus profond, une manière de se réinscrire dans le temps long, celui du cinéma. Après avoir ressenti l’intensité et le caractère éphémère de la scène. Pour rappel, en 2021 Mylène Farmer siégeait déjà au jury officiel du Festival de Cannes en spectatrice investie aux côtés de Spike Lee, Maggie Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Tahar Rahim… Cette année, elle revient en actrice de l’ombre et icône à part entière. La cérémonie d'ouverture promet donc d‘être plus qu’un simple lever de rideau. Il y a fort à parier que cette prestation ne ressemblera ni à un show télévisé, ni à une redite des concerts dantesques de la star. L’événement s’annonce comme une apparition : rare, précise, presque sacrée.
Avec Mylène Farmer, l’esthétique est toujours un langage. Et Cannes, son écrin idéal. Au sein d’un édition présidée par Juliette Binoche, ou l’on attend la venue de Denzel Washington, Scarlett Johansson, Tom Cruise ou Robert De Niro, le nom de Mylène Farmer ajoute une note française dans la grand-messe du cinéma mondial. Mylène Farmer n’a jamais été une célébrité dans les clous. Son choix de revenir à Cannes, plutôt qu’aux Jeux Olympiques qu’elle a déclinés, dit quelque chose de son rapport à la scène, elle ne s’y rend que lorsque le sens précède le spectacle. Et lorsqu’elle revient, c’est pour marquer. Elle s’impose comme une artiste qui, plus que jamais, semble maîtriser l’art de hanter l’époque sans jamais s’y noyer.
