La Conférence des évêques de France (CEF) a annoncé que ses archives sur l'Abbé Pierre, fondateur de l'association Emmaüs, décédé en 2007, seraient rendues accessibles sans le délai habituel de 75 ans à compter de son décès. En juillet, sept femmes avaient accusé l'abbé Pierre d'agressions sexuelles et Emmaüs a indiqué avoir reçu depuis 17 nouveaux témoignages, dont des accusations « très graves » d'abus sexuels sur plusieurs victimes, dont au moins une qui était mineure au moment des faits reprochés. Dans un communiqué commun, la Fondation Abbé Pierre, Emmaüs France et Emmaüs International ont déclaré : « La violence et l’extrême gravité de certains de ces nouveaux témoignages constituent un nouveau choc au sein de nos associations. » Elles ont réitéré leur « soutien total aux victimes », saluant le « courage » de celles et ceux qui se sont manifestés. « Nous les croyons et nous sommes à leurs côtés. » Jusqu'à l'année dernière, l'Abbé Pierre était une icône nationale vénérée, considérée comme l'incarnation du sacrifice chrétien pour son travail humanitaire. Cependant, les archives de l'Église montrent qu'elle était au courant des inquiétudes suscitées par son comportement dès les années 1950.
Emmaüs, qui compte 425 branches dans 41 pays, prend ses distances avec son fondateur et votera en décembre prochain, lors d'une assemblée générale extraordinaire, la suppression du nom du prêtre de son logo. La Fondation Abbé Pierre va changer de nom et le centre commémoratif Abbé Pierre d'Esteville, en Normandie, où le prêtre disparu a résidé pendant de nombreuses années, fermera définitivement. Adrien Chaboche, responsable d'Emmaüs International, a déclaré : « Notre mouvement est choqué par ces révélations qui marquent un avant et un après dans notre histoire. » Interrogé sur RFI, Chaboche a ajouté : « Chaque branche devra réfléchir à la place qu’elle veut donner à l’Abbé Pierre. Nous ne donnons pas de consignes mais nous encourageons les gens à être responsables dans leurs choix car l’image de l’Abbé Pierre est désormais aussi celle d’un prédateur sexuel ». Emmaüs a mandaté le cabinet indépendant Egaé pour enquêter sur ces accusations et recueillir des témoignages de victimes présumées. Les faits reprochés remontent aux années 1950 et se seraient déroulés en France, en Suisse, aux Etats-Unis et au Maroc. Le rapport Egaé, publié le 17 juillet, fait état de « contacts sexuels répétés avec une personne vulnérable », « d’actes sexuels répétés avec pénétration » et « de contacts sexuels avec un enfant ».
Une femme a affirmé avoir été « forcée de regarder l’Abbé Pierre se masturber et de pratiquer le sexe oral dans un appartement parisien » en 1989. Une autre plainte concerne une femme qui a déclaré que le prêtre l’avait embrassée « avec sa langue » et lui avait touché la poitrine au milieu des années 1970, alors qu’elle avait neuf ans. Les enquêteurs ont déclaré qu'il y avait davantage de témoignages d'abus présumés, mais qu'ils excluaient ceux faits de manière anonyme ou ceux dont les auteurs étaient réticents à donner des détails complets. L'Abbé Pierre, né Henri-Antoine Grouès en 1912, fut moine capucin avant d'être ordonné prêtre en 1938. Il s'engagea dans la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et devint député à la fin du conflit. La CEF a exprimé sa « douleur » et sa « honte » face à ces accusations et a annoncé sa pleine coopération dans l’enquête. L’Église a été ébranlée par un rapport de 2021 de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, qui a identifié plus de 3 000 cas d’abus sexuels commis par des prêtres depuis 1950. Décédé en 2007, l’Abbé Pierre ne peut faire l’objet de poursuites directes. Cependant, l’association Emmaüs va changer de nom et fermer les lieux dédiés à son nom.
