L’éminent universitaire suisse et spécialiste de l’islam, Tariq Ramadan, comparaîtra lundi à Paris pour le viol de trois femmes en France entre 2009 et 2016. Ramadan, qui a conseillé de précédents gouvernements britanniques sur l'islam et la société, nie toutes les accusations dans une affaire considérée comme l'une des plus importantes répercussions du mouvement #MeToo en France. Ramadan, âgé de 63 ans, était professeur d'études islamiques contemporaines à l'université d'Oxford avant de prendre un congé en 2017 suite aux premières accusations de viol portées contre lui. Il a pris sa retraite anticipée d'Oxford en juin 2021.Ramadan est accusé du viol de trois femmes. S'il est reconnu coupable, il risque jusqu'à 20 ans de prison. Henda Ayari, 41 ans, ancienne musulmane salafiste devenue militante féministe, a porté plainte contre Ramadan en 2017 pour viol, agressions sexuelles, harcèlement et intimidation. Elle affirme qu'il l'a violée dans une chambre d'hôtel de l'est parisien au printemps 2012, lors d'une conférence où il intervenait. Une autre femme, connue sous le pseudonyme de Christelle, a déclaré aux enquêteurs que Ramadan l'avait violée dans une chambre d'hôtel à Lyon en octobre 2009 lors d'une autre conférence et l'avait soumise à une violente agression.
Une troisième femme a déclaré que Ramadan l'avait violée en 2016. Au début de l'enquête en 2017, Ramadan, marié et père de quatre enfants, a nié toute relation sexuelle avec les deux premières femmes. En 2018, il a changé sa version des faits, déclarant aux juges d'instruction avoir eu des relations sexuelles avec Ayari et Christelle, mais que ces dernières avaient sollicité ces relations et y avaient pleinement consenti. La plainte de la troisième femme a été ajoutée ultérieurement à l'enquête. Sarah Mauger-Poliak, l'avocate d'Henda Ayari, a déclaré à l'Agence France-Presse que le procès n'était « ni un complot ni une bataille politique », mais simplement une affaire de viol.
Les avocats de Christelle ont déclaré qu'ils demanderaient que le procès se tienne à huis clos, sans la présence des médias ni du public, ce qui est un droit légal en France. Ils ont expliqué que cette demande visait à protéger son identité et à la mettre à l'abri de tout harcèlement. Ils ont ajouté que le procès constituait un « moment crucial » après une longue enquête. Les avocats de Ramadan ont exprimé leur inquiétude quant à la tenue d'un procès équitable, déclarant à l'AFP qu'en raison de sa sclérose en plaques, il n'était pas en état de comparaître devant un tribunal sans que sa santé ne soit mise en danger.En 2024, une cour d'appel suisse a reconnu Ramadan coupable du viol d'une femme dans un hôtel genevois en 2008 et l'a condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis. La Cour de cassation suisse a confirmé cette condamnation l'année dernière. L'équipe juridique suisse de Ramadan a annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l'homme.
