Le cinéma français est en deuil. Michel Blanc, l'une de
ses personnalités cultes, est décédée dans la nuit de jeudi à vendredi à l'âge
de 72 ans, a annoncé à l'AFP
l'attaché de presse de ses principaux films, Laurent Renard. Michel
Blanc a fait un malaise cardiaque dans la soirée et a été transporté dans un
état grave dans un hôpital parisien, a précisé son entourage à l'AFP.
« Putain Michel... Qu'est-ce que tu nous a fait... », avait écrit
dans la nuit Gérard Jugnot, son comparse du Splendid et des « Bronzés », dans une story sur Instagram. « Michel mon pote mon
frère mon partenaire », a réagi sur Instagram la comédienne Josiane Balasko, une autre figure de cette troupe phare des années 1970-80.
Acteur populaire depuis le succès des "Bronzés", Michel Blanc a
alterné le rire et l'émotion en explorant devant et derrière la caméra l'âme
humaine. « On sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher... ».
Pour beaucoup, il restera à jamais Jean-Claude Dusse, le gringalet chauve et moustachu des « Bronzés »,
dragueur raté toujours persuadé de pouvoir « conclure ». Si ce
personnage aussi exaspérant qu'attendrissant l'a un temps enfermé dans le
comique avec des rôles d'hypocondriaque ou de maladroit, le comédien avait
pourtant fait ses preuves dès le milieu des années 1970 en tournant pour Bertrand Tavernier ("Que la fête commence"), Claude Miller ("La Meilleure
Façon de marcher") ou Roman Polanski ("Le Locataire"). Surtout, après
l'énorme succès public de "Marche
à l'ombre" (1984), son premier film en tant que réalisateur, le
comédien sait rebondir et élargir son registre en s'éclipsant le premier de la
bande du Splendid. « Les gens dans la rue m'appelaient 'Mon pote' ou me
criaient 'T'as une ouverture' », rappelait-il. « Bref, ils
s'adressaient à Jean-Claude Dusse... Ça m'amenait vers une carrière qui ne
m'intéressait pas. Je ne stimulais plus l'imaginaire des auteurs ». Il
fait exploser le « plafond de verre » grâce au transgressif « Tenue de soirée » de Bertrand Blier (1986).
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Il y incarne l'émouvant Antoine, qui s'entiche de Gérard Depardieu et se travestit. Le rôle, couronné du prix d'interprétation masculine à Cannes, marque un tournant dans sa carrière. Né le 16 avril 1952 à Courbevoie (Hauts-de-Seine), Michel Blanc est fils unique. Milieu plutôt modeste avec un père déménageur qui finira cadre moyen et une mère dactylo devenue comptable. Des parents très aimants qui surprotègent leur fils, né avec un souffle au cœur. Timide, chétif, grand hypocondriaque, « Je suis le pionnier du gel hydroalcoolique ! », le jeune Michel perd vite ses cheveux et va devoir miser sur l'humour, parfois caustique, et l'autodérision plus que sur son physique. Dès l'enfance, il se passionne pour la musique classique. À 20 ans, il tente même de faire carrière comme pianiste. Il y consacre six à sept heures par jour mais renonce assez vite, comprenant qu'il ne sera jamais « le nouvel Arthur Rubinstein ». Changement de cap. Il rejoint sa bande de copains du lycée de Neuilly, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte et Christian Clavier, pour se lancer dans l'aventure du café-théâtre au sein de la troupe du Splendid.
Tout au long de sa carrière, ce gros bosseur, perfectionniste, sait d'ailleurs utiliser ses complexes et son talent d'écriture pour explorer le désenchantement et façonner les personnages de ses films, notamment ceux qu'il réalise, comme "Grosse fatigue" (1994) et "Embrassez qui vous voudrez" (2002). Il se montre convaincant dans le registre dramatique, en campant l'inquiétant "Monsieur Hire" (1989), d'après Georges Simenon, ou un médecin homosexuel au début du sida dans "Les Témoins" (2007) d'André Téchiné. Ou encore à la télévision dans "L'Affaire Dominici" (2003). Après le rendez-vous raté du troisième opus des « Bronzés » en 2006, Michel Blanc, nommé quatre fois au César du meilleur acteur, remporte en 2012 la précieuse statuette pour son second rôle inattendu de directeur de cabinet dans le thriller politique « L'Exercice de l'État ».
