Le secrétaire général Antonio Guterres, qui a organisé le "Sommet de l'avenir", l'avait présenté comme une « occasion unique en une génération » de remodeler l'histoire humaine en ravivant la coopération internationale. En ouverture de la semaine annuelle de haut niveau de l'Assemblée générale de l'ONU, qui débute mardi, des dizaines de chefs d'État et de gouvernement se sont réunis pour la signature du texte. Dans la version adoptée, les dirigeants se sont engagés à renforcer le système multilatéral pour « suivre le rythme d'un monde en mutation » et à « protéger les besoins et les intérêts des générations actuelles et futures » confrontées à une « crise persistante ». « Nous pensons qu'il existe une voie vers un avenir meilleur pour toute l'humanité », indique le document. Le pacte prévoit 56 « actions », dont des engagements en faveur du multilatéralisme, du respect de la Charte des Nations Unies et du maintien de la paix. Il appelle également à des réformes des institutions financières internationales et du Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi qu’à de nouveaux efforts pour lutter contre le changement climatique, promouvoir le désarmement et guider le développement de l’intelligence artificielle. L’adoption du texte a été brièvement retardée lorsque le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Vershinine, a présenté un amendement mettant l’accent sur le « principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États » et exhortant l’ONU à éviter de dupliquer ses efforts.
Les objections de la Russie ont été soutenues par ses alliés, la Biélorussie, la Corée du Nord, l’Iran, le Nicaragua et la Syrie, mais son amendement a été rejeté à une écrasante majorité dans une motion de non-action. Au cours de la phase de négociations, Guterres avait exhorté les nations à faire preuve de « vision » et de « courage », appelant à une « ambition maximale » pour renforcer les institutions internationales qui peinent à répondre efficacement aux menaces actuelles. Mais si le texte contient de « bonnes idées », « il ne s'agit pas du document révolutionnaire réformant l'ensemble du multilatéralisme qu'avait appelé de ses vœux Antonio Guterres », a déclaré à l'AFP Richard Gowan, de l'International Crisis Group. Un sentiment largement partagé par les diplomates, qui ont exprimé leur frustration face à l'ambition et à l'impact du texte, le qualifiant de « tiède », de « plus petit dénominateur commun » et de « décevant ». « Idéalement, on espère des idées nouvelles, des idées fraîches », a déclaré un diplomate. La lutte contre le réchauffement climatique a été l'un des points de friction des négociations, les références à la « transition » vers une sortie des énergies fossiles ayant disparu du projet de texte il y a quelques semaines, avant d'y être réintroduites.
Malgré les critiques, il s'agit toujours « d'une opportunité d'affirmer notre engagement collectif en faveur du multilatéralisme, même dans le contexte géopolitique difficile actuel », a estimé un diplomate occidental, soulignant la nécessité de rétablir la confiance entre le Nord et le Sud. Les pays en développement ont particulièrement insisté sur la nécessité d'engagements concrets en matière de réforme des institutions financières internationales, afin de garantir un accès plus facile aux financements préférentiels, notamment compte tenu des impacts du changement climatique. Le texte comprend en effet « des engagements importants en matière de justice économique et de réforme de l'architecture financière internationale », a commenté Human Rights Watch (HRW), tout en saluant « la centralité des droits humains ». Cependant, les dirigeants mondiaux « doivent encore démontrer qu'ils sont prêts à agir pour faire respecter les droits humains », a déclaré Louis Charbonneau, directeur de HRW à l'ONU. Quel que soit son contenu, le pacte et ses annexes, un Pacte numérique mondial et une Déclaration sur les générations futures, ne sont pas contraignants, ce qui suscite des inquiétudes quant à leur mise en œuvre, d’autant que certains principes, comme la protection des civils dans les conflits, sont violés quotidiennement. « Notre prochaine tâche est de leur donner vie, de passer des paroles aux actes », a exhorté Antonio Guterres samedi.
