Les législateurs français ont voté lundi pour inscrire explicitement l'accès à l'avortement dans la Constitution, faisant de leur pays le premier au monde à le faire. Conscients d'innover dans l'histoire depuis la grande salle de réunion du château de Versailles, les hommes politiques ont prononcé des discours passionnés sur les droits des femmes dans le monde, ont rendu hommage aux courageuses Françaises qui s'étaient battues pour le droit à l'avortement alors que celui-ci était illégal et ont fait un bond en avant dans le temps et encore une fois pour offrir des ovations debout. « Nous envoyons le message à toutes les femmes : votre corps vous appartient et personne n'a le droit de le contrôler à votre place », a déclaré le Premier ministre Gabriel Attal avant que les députés réunis ne votent l'amendement par 780 voix contre 72. L’amendement déclare l’avortement comme une « liberté garantie », supervisée par les lois du Parlement. Cela signifie que les futurs gouvernements ne pourront pas « modifier radicalement » les lois actuelles finançant l’avortement pour les femmes qui le demandent, jusqu’à 14 semaines de grossesse, selon le ministre français de la Justice, Éric Dupond-Moretti.
La modification de la Constitution n'est pas sans précédent en France ; la Constitution actuelle a été modifiée plus de 20 fois depuis son adoption en 1958. Mais cela est rare. Les législateurs ont amendé la Constitution pour la dernière fois en 2008. L’impulsion du dernier changement a été la décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler Roe v. Wade en 2022, une question soulevée à plusieurs reprises par les législateurs. Mais cette décision reflète également le large soutien à l’avortement en France et le succès de la campagne menée par une coalition de militantes féministes et de législateurs de plusieurs partis. « La France montre que le droit à l'avortement n'est plus une option, c'est une condition de notre démocratie », a déclaré Mélanie Vogel, sénatrice du Parti Vert qui a été une force majeure derrière le projet de loi. « La République française ne restera plus démocratique sans le droit à l'avortement ». La Conférence des évêques, représentant l'Église catholique en France, s'est opposée à l'amendement. Mais en France, pays où les appels à manifester amènent régulièrement des centaines de milliers de personnes dans la rue, l’opposition était particulièrement rare. Avec ce vote, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement l'accès à l'avortement dans sa Constitution. Les experts constitutionnels affirment que l’amendement élargit le moule du texte fondamental français, écrit par des hommes pour les hommes tout en ignorant leur dépendance à l’égard des femmes.
La lutte pour l'avortement légal en France a éclaté au grand jour en 1971, lorsque 343 Françaises ont signé un manifeste rédigé par la féministe française Simone de Beauvoir déclarant qu'elles avaient pratiqué des avortements clandestins et illégaux et exigeant que la loi change. Quatre ans plus tard, une femme ministre, Simone Veil, a réussi à faire adopter une loi temporaire dépénalisant l'avortement et offrant un accès limité aux services de santé pour interrompre la grossesse. Tout au long de la session législative extraordinaire de lundi, les législateurs ont rendu hommage à Simone Veil, survivante de l'Holocauste et championne des droits de l'homme, ainsi qu'à Gisèle Halimi, l'ancienne avocate qui a défendu une étudiante de 16 ans qui avait eu un avortement illégal après le fait d'avoir été violée a conduit à son acquittement en 1972. L'affaire a marqué un tournant sur la voie de la légalisation de l'avortement.
