Les relations déjà tendues entre Paris et Alger se sont encore aggravées après qu'un citoyen algérien que la France tentait depuis longtemps, sans succès, de rapatrier a tué une personne et en a blessé trois autres lors d'une attaque au couteau dans la ville de Mulhouse samedi. « Le drame de Mulhouse a été possible parce que ce citoyen algérien avait reçu un ordre de quitter le territoire et s'est présenté 14 fois au rapatriement (...) et a été refusé à chaque fois », a déclaré le Premier ministre François Bayrou lors d'une conférence de presse. En vertu d'un pacte de 1968 entre la France et son ancienne colonie, les citoyens algériens bénéficient de plusieurs exceptions aux lois françaises sur l'immigration, facilitant ainsi leur installation en France. Le ministre français de l'Intérieur, Bruno Retailleau, a appelé à plusieurs reprises à une révision du pacte, après le refus des autorités algériennes de reprendre leurs ressortissants ayant reçu l'ordre de quitter le territoire français dans le cadre du régime de l'OQTF (obligation de quitter le territoire français).
Bayrou a déclaré que le refus de l'Algérie de reprendre ses citoyens était « une attaque directe contre les accords que nous avons avec les autorités algériennes et nous ne l'accepterons pas », ajoutant que son gouvernement prendrait quatre à six semaines pour examiner la mise en œuvre par Alger du pacte de 1968. Il a indiqué que son gouvernement présenterait à l'Algérie, au cours de cette période, une liste de personnes qui, selon lui, devraient retourner dans leur pays d'origine. Il a refusé de préciser le nombre de personnes figurant sur cette liste, mais a affirmé qu'elle était « substantielle ». « Si ce n'est pas le cas, le gouvernement estime que les avantages offerts par (l'accord de 1968) devront être reconsidérés... Il y a un fort sentiment que l'accord a été trahi », a déclaré Bayrou. Bien avant, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé mardi de nouvelles sanctions contre l'Algérie lors d'une interview à la chaîne BFMTV. Barrot a déclaré avoir pris « des mesures de restriction de déplacement et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens ». « Ce sont des mesures réversibles qui prendront fin dès que la coopération à laquelle nous appelons reprendra », a précisé le ministre.
Les relations entre Paris et Alger se sont détériorées ces derniers mois depuis que la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le territoire contesté du Sahara occidental, que Rabat souhaite que la communauté internationale reconnaisse comme marocain. Cette décision a suscité la colère d'Alger, qui soutient le Front Polisario qui cherche à créer un Etat indépendant. Les relations diplomatiques entre l'Algérie et la France restent instables, notamment en raison de problèmes non résolus découlant de la colonisation française de l'Algérie de 1830 à 1962. Paris refuse de répondre pleinement aux griefs historiques qui continuent d’affecter la société algérienne.
